Extraits

Extraits

Ami de toujours, j’ai demandé à Stéphane de décrire en quelques mots les différents étapes qu’il a du traverser jusqu’à la compréhension et l’acceptation des faits.


En 1976, je rencontrai pour la première fois Marie, sa sœur et ses parents lors de leur arrivée en France. Malgré le temps et nos parcours personnels, nous sommes toujours restés en contact. Je connaissais toute la famille… Je dis « connaissais » car je devais découvrir que, finalement, je ne savais rien d’eux.

Ils habitaient tout près de chez moi et nous nous rencontrions souvent. Ils semblaient vivre en parfaite harmonie. Je participais souvent aux grandes réunions de famille et rien, non vraiment rien, ne me laissait présager de ce que j’allais apprendre au moment des premières révélations de Marie.

Quelle fut alors ma première réaction ? Le doute !
Comment comprendre que ma meilleure amie ne m’avait jamais rien dit durant toutes ces années? Pourquoi ne m’avait-elle jamais rien avouer ?

Alors qu’elle me racontait son calvaire pour la première fois, je me rappelle lui avoir dit : « Je ne te dis pas que ce n’est pas vrai, je te dis seulement que je veux en être sûr ».
Je restais assommé, complètement désemparé par ce qui m’apparaissait soudain comme une double « trahison ». Je ne comprenais pas encore, ou disons plutôt, que je n’arrivais pas encore à réaliser. Les jours passant, je réussissais enfin à accepter la vérité.

Mon amitié, ma confiance en Marie et les faits eux-mêmes me donnèrent les moyens de lever ces doutes. Il me fallait me souvenir que la femme qu’elle était devenue, n’était qu’une enfant sous l’emprise de son père, au moment des faits. J’essayais de me mettre à sa place. Comment Marie aurait-elle pu m’avouer que ce « si bon père de famille» l’avait violée? Comment raconter à son meilleur ami que tout n’était qu’apparences ? Comment aurait-elle pu m’expliquer son sentiment de honte ?

Abasourdi par l’horreur de ce que je découvrais et mon impuissance devant la souffrance à laquelle était confrontée les victimes, je ne me sentais ni coupable, ni responsable des faits en eux-mêmes, mais comprenait à quel point mon soutien devenait important, pour ne pas dire vital. Ma femme et moi avons alors apporté toute notre aide à Marie, qui restait la plus proche de nous, pendant ces cinq années extrêmement éprouvantes.

Si cela devait malheureusement vous arrivez, ne vous culpabilisez surtout pas. Vos lamentations seraient inutiles et ne feraient qu’alourdir leur peine et leur douleur. Vous leur serez tellement plus utile en les soutenant et en étant à leur entière écoute… même si parfois, la vérité reste difficile à entendre.

Elles ont absolument besoin de cette écoute et de notre aide à tous. Ne les abandonnez jamais, car alors vous pourriez vous culpabiliser. Quand une victime se plaint, c'est un appel au secours qu’elle envoie. L'ignorer vous rendrait tout simplement complice et coupable.

Texte de Stéphane BOISGONTIER

Chronique d’un inceste dénoncé