Extraits

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Violée par mon père à l’âge de onze ans… Une semaine seulement avant la prescription, j’ai rompu le silence et révélé à la Justice mon terrible secret de famille.

Dans un premier temps, l’écriture de ce livre m’a aidée à ne pas sombrer totalement. Je me suis accrochée à elle et me suis laissée aller à écrire ce que je n’arrivais pas encore à dire à ceux qui m’entouraient. Ces mots sont donc ceux qui m’ont accompagné dans les prémices de ma « reconstruction ».

Je tenais à apporter mon témoignage dans un domaine où le silence reste la règle et la parole, l’exception. Pendant trois années, j’ai appris jour après jour et épreuve après épreuve à raconter mon histoire. Pour y arriver, j’ai été obligée de réapprendre le sens de tous les mots « interdits ». J'ai essayé de retranscrire le plus fidèlement possible mon état d'esprit et mes changements d'humeur les plus intimes, tout au long de mon douloureux combat.

En décrivant ainsi mes peurs et mes angoisses les plus secrètes, j’ai tenté de rendre « intelligibles » quelques-unes des « vérités » qui se cachent derrière la réalité terrifiante de l’inceste. Le temps ne permet pas d’oublier. Les conséquences des sévices sexuels sur un enfant ne s'effacent jamais ! La victime pourra les nier, être obligée de les taire mais elle subira ses effets tout au long de sa vie. Un viol laisse une empreinte indélébile. Il ne devient pas moins grave avec le temps, au contraire. Nourri par le silence, l’abus sexuel gangrène, jour après jour, la vie de sa victime. Il sème autour de lui, douleur muette et désolation.

Seule la démarche judiciaire m’a permis de trouver une issue à mon drame. Elle m’a aidée à me libérer d’un fardeau devenu trop lourd. Enfin comprise et soutenue, j’ai pu ainsi entamer une démarche thérapeutique essentielle à ma « restructuration ». Je n’ai pas été la seule à avoir dû mener une action contre mon père. Avec leur accord, j’évoquerai d’autres victimes pour rendre le plus fidèlement possible le déroulement de la procédure et les nombreuses difficultés rencontrées afin de faire « surgir » la vérité. Je remercie chacune d’entre elles de m’avoir apporté un soutien essentiel et indispensable à l’écriture de ce livre.

J’aimerais que chacun puisse comprendre le « silence » tant de fois reproché aux victimes de violences sexuelles. Elles voudraient parler mais ne le peuvent pas ! Les victimes se trouvent trop souvent dans l’incapacité de décrire leur souffrance : soit à cause de leur jeunesse, soit à cause du lien qui les lie à leur tortionnaire, soit encore parce qu’elles n’arrivent pas à se défaire de la honte qui les ronge. Ces réalités sont non seulement difficiles à exprimer pour les victimes, mais elles sont aussi difficiles à entendre pour ceux qui voudraient leur venir en aide.

La pédophilie, en général, et l'inceste, en particulier, font partie de réalités humaines douloureuses à appréhender pour chacun d'entre nous. Car quand nous nous trouvons confrontés au viol d'un enfant, c'est à notre propre enfance que l'on intente ! Et c’est peut-être pour cela que beaucoup d’entre nous continue à nier son existence et ses injustes conséquences…

Marie Thérèse de FONTENELLE

Chronique d’un inceste dénoncé