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Les faits décrits dans cet ouvrage ont donné lieu à un procès criminel. Ils ont brisé des vies sans trace visible de l’extérieur : pas de cadavre, pas de sang. Le récit de Marie-Thérèse de Fontenelle permet de prendre conscience qu’une victime soumise à l’inceste peut parfaitement basculer dans la folie. Les agressions incessantes et quotidiennes banalisent les actes, enfermant la victime dans l’acceptation, jusqu’à la résignation. Il fallut un courage difficilement imaginable aux victimes pour déposer plainte contre leur agresseur. A l’époque de leurs premières agressions elles étaient des enfants et leur agresseur était leur père. L’agression incestueuse a la singularité d’anéantir les repères que l’enfant a acquis, l’agresseur brouille les cartes en les inversant : l’anormal devient normal, la marginalité se transforme en banalité acceptable. Comment un enfant peut-il comprendre qu’une agression incestueuse est interdite lorsque son père, celui qui a la responsabilité de le préparer à la vie ne cesse de répéter que l’amour d’un père s’exprime de cette façon là ? Ce témoignage aborde l’ensemble des questions que l’on peut se poser sur la pédocriminalité et ses conséquences sur les victimes. On y découvre principalement l’un des premiers modes opératoires du père incestueux pour arriver à ses fins : isoler sa victime en la persuadant de la normalité de relations sexuelles parent/enfant, un véritable lavage de cerveau… Après avoir fait le vide autour de la victime, en discréditant l’entourage immédiat, la perversité de l’agresseur continue à s’exprimer sans retenue et sans regard extérieur. Dans ces conditions, à qui se raccrocher, à qui se confier ? Comment « les autres » peuvent-ils ignorer la vraie nature de l’agresseur ? Du fait même de cette indifférence identifiée par l’enfant comme une complaisance complice, le doute s’insinue, alimenté par l’agresseur dont le jeu consiste désormais à désorienter sa victime par tous les moyens dont il dispose. Marie-Thérèse de Fontenelle analyse parfaitement l’effroyable doute, suivi de la sensation d’abandon jusqu’au sentiment d’isolement total. Marie Thérèse de Fontenelle a trouvé la force de dénoncer les faits et de déposer plainte… La procédure pénale, pour elle comme pour ses sœurs, fut un véritable parcours du combattant émotionnel mais aussi le meilleur moyen d’amorcer leur reconstruction. L’instruction a été rapide, à peine plus de deux ans. Incontestablement, chaque étape de la procédure pénale, aussi douloureuse soit-elle, fait partie de la « thérapie » des victimes. Elle fut jalonnée, entre autres, du récit dans le bureau du juge d’instruction des agressions subies par les victimes, des expertises psychologiques suivies de la douloureuse et impitoyable confrontation avec l’agresseur et père, avec ses dénégations et ses accusations…Endurer patiemment deux années d’instruction, assumer les quarante huit heures d’audience de Cour d’Assises, raconter une nouvelle fois son histoire, supporter la mise en scène de l’agresseur tentant de la ridiculiser, de la discréditer niant d’emblée toute infraction… La résistance de l’agresseur face à la machine judiciaire fut frappante. L’agresseur appartient à une typologie d’individu fait « tout d’un bloc », construit sur le déni de l’agression et la dénégation des accusations portées contre lui. Il ne prononce à aucun moment un mot pour les victimes, mais en revanche, se met en scène et s’apitoie sur lui-même... Il est clair que la procédure pénale n’est évidemment pas l’unique moyen qui les a aidées à entreprendre un processus de reconstruction mais je sais que cette étape importante leur a permis de commencer une nouvelle vie, et je m’en réjouis.
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Postface d’Éric LENARD |
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Chronique d’un inceste dénoncé |